Fetart

VERDIER Frank

Série « Séries inachevées » / Parcours

Petit, je collectionnais les timbres. Surtout ceux de France.
Vers 12 ans, je me suis mis à la photo. Je n’y connaissais rien. Mes premières images : un tigre au zoo, le chien de mon grand père sur la pelouse, un lapin dans une cage, quelques photos lors d’un voyage familial à Bruges.
Pour mes quinze ans, on m’a offert un appareil photo. J’ai commencé à vouloir créer ma propre collection d’images, ma vision du monde, mon univers. J’aurais rêver alors être un Cartier Bresson, un Lartigue, un Irving Penn, bref avoir un style, un regard immédiatement reconnaissable quel que soit le sujet sur lequel il se porte. Je me suis interessé à la photo, magazines et expositions, me lançant avec joie dans une pratique photographique à la manière de…ce qui produit du sous-ou néo- sarah moon, lartigue, van der hilst, penn,…
Pour mener mon labeur de copiste ,je me rassurais avec cette déclaration tonitruante de Picasso « j’ai commencé par essayer de faire du Goya, du Velasquez et c’est en échouant que j’ai fais du Picasso ». Mais tout le monde n’est pas un génie…
A défaut que l’on puisse reconnaitre la singularité de mon regard, je me suis alors décidé à me lancer dans la série, l’activité maniaque pouvant avantageusement remplacer le talent au moment où s’imposait l’art conceptuel. Lors de la réunion de famille annuelle du 15 août, j’ai photographié tous les membres de ma famille devant le même mur. Une personne, un seul cliché, le même mur avec la ferme intention de le faire chaque année, un concept était né. Je faisais de la photo. Mais malheureusement, les dissensions familiales combinées au caractère mortel de l’espèce humaine et à une descendance restreinte ont vite mis fin à mon projet. Le journal photographique s’est alors imposé comme fil conducteur de mon œuvre. Moins dépendant de l’humeur et de la survie de mes proches, ce projet me semblait d’emblée plus pérenne.
Une photo par jour, tous les jours. L’accumulation et le caractère névrotique de la pratique allait faire l’oeuvre. Très appliqué au début je pris vite quelques libertés avec mon « concept » et au bout de quelques mois il m’arrivait souvent de faire en une journée les photos de la semaine. La radicalité de la démarche qui était en grande partie l’essence de l’œuvre fut tellement bafouée que j’abandonnais au bout d’un an ce travail sans renoncer néanmoins alors à la série, la collection qui me paraissait alors l’essence même de la photographie, activité mécanique de production sérielle. Frustré de n’avoir pu faire aboutir mes deux grands projets précédents je décidais de ravaler mes ambitions pour arriver au moins à achever un « travail »
Dans les années 90, le cinéma africain était en pleine émergence et j’entrepris une série exhaustive de portraits de cinéastes du continent . Ce n’était pas difficile, il n’était pas trop nombreux.
Je me suis donc retrouver l’auteur de la première collection de portraits de cinéastes africains.
A défaut de style, de concept fort, et d’obsessions, mon travail existait par le seul fait que personne d’autres ne s’était vraiment intéressé à ce sujet. Petite victoire mais qui me permis, à défaut d’etre un artiste reconnu, d’obtenir une première publication , puis une autre puis une commande, puis.. devenir photographe « professionnel ».
Je révais alors d’être grand reporter, le nouveau Capa, un Salgado bis, un…

Les aléas de la vie en décidèrent autrement et successivement, parfois en même temps, je fus photographe de nature morte, photographe de mode, photographe de charme, photographe de mariage, photographe de packshots, photographe industriel, photographe de pub, portraitiste, photographe de guerre, photographe de plateau, photographe de tableaux et d’arts primitifs, photographe d’illustration, photographe de roman photos et que sais je encore…

Depuis trois ans ma principale activité photographique est la prise de vues de boites de pates, de paquet de café, de boites de conserve, et autres produits alimentaires pour la grande distribution. Avec cinq mille à dix mille produits photographiés je dois être un des auteurs français majeur dans ce domaine. Mon œuvre qui s’enrichit jour après jour est visible quotidiennement dans votre boite aux lettres.

En marge de ces activités professionnelles, mes recherches personnelles se résument à de très nombreux travaux dont l’unité majeure réside dans leur inachèvement.
Un de mes rares projets abouti, « Mamba Point » fit l’objet d’une exposition et d’un livre.
Un travail inachevé sur les peintures de cases chez les gans (une ethnie du sud du Burkina Faso) est actuellement exposé à la Galerie Maine Durieu à Paris.