Fetart

LEBLANC Romain

Série « Constantes irrégulières 3 » / Parcours

Ce projet est constitué de mises en scène photographiques. Si le medium utilisé est la photographie, ce projet est empreint des influences de la danse, du cinéma et du théâtre. Ma démarche est similaire à celle d’un metteur en scène et comprend plusieurs étapes allant de l’écriture des scènes aux repérages, en passant par un travail sur la scénographie avant d’organiser la séance photographique. Ces repérages et ce travail scénographique constituent une phase déterminante car le lieu n’est pas ici un simple décor, une toile de fond qui se contenterait de caractériser les personnages en évoquant, par exemple, un milieu social. Le lieu a un rôle indépendant. Il est généralement naturel et différent pour chaque photographie. Ce lieu doit menacer les personnages. Il doit, à chaque seconde, manquer de les happer, s’ouvrir et se refermer sur eux, proposer une échappatoire rêvée tout en représentant un cauchemar tétanisant. Ce lieu doit être la source qui génère ambiance et tensions, au niveau pratique comme au niveau fictionnel : il est le point de départ des modèles comme des personnages.

C’est après ce travail préparatoire que peuvent arriver, justement, les modèles, qu’il serait plus juste de nommer acteurs : ils sont partie intégrante du processus de mise en scène. Ce sont avant tout des complices de jeu plus que de simples exécutants qui prendraient la pose. Ils sont certes dirigés, improvisent de temps à autre et acceptent de se laisser piéger.

C’est dans ce cadre que je peux obtenir d’eux ce que je cherche, à savoir la représentation de personnages en marge de la civilisation, de personnes abasourdies, comme désorientées, à qui il ne reste que la volonté d’agir. C’est cette envie d’action qui compte, c’est elle qui est au centre de la photographie, du processus comme de la démarche. Seul le mouvement, l’acte sont importants. Par le biais de petits rituels ou de jeux enfantins, apparaît une réelle envie de vivre, ou, en tout cas, de survivre. Les modèles s’effacent pour devenir de véritables champs de force qui cherchent à exister et à cohabiter dans et avec un environnement qui ne cesse de jouer avec eux. Alors, pendant qu’ils se débattent, un basculement s’opère, et le déséquilibre génère un équilibre nouveau.

L’enjeu de cette série photographique est, bien sûr, cet équilibre nouveau si dur à atteindre entre deux êtres. On pourra voir dans ces mises en scène une réflexion sur la relation amoureuse - si propice à la recherche d’équilibre entre un homme et une femme.

Mais il m’a paru plus judicieux de brouiller les pistes, laissant planer l’ambiguïté quant au rapport liant les différents protagonistes. Tour à tour, chacun endosse un rôle et devient aussi bien l’ami, le complice, l’amant que le voyeur, l’autre, l’ennemi… Car plus que le couple, le sujet de ses photos est l’errance et les tribulations des personnages. Sur cette notion d’errance que les personnages bâtissent, il règne un état de flottement et d’incertitude où tout parait instable. Il m’a paru intéressant de faire de chacune de ces scènes, des bulles hors du temps et isolées d’une civilisation en ordre de marche, me permettant alors de me focaliser sur ce qui m’intéresse véritablement : les comportements et les attitudes d’une génération de transition. La question n’est pas d’analyser les rouages d’un phénomène, mais bien de montrer l’obstination de ces personnages. J’ai accordé beaucoup d’importance à l’élan et à la justesse qu’imposent leurs corps maladroits et fébriles, m’attardant alors sur l’absurdité de leurs actes et la force de leur démarche. Ces images sont, avant toute chose, des représentations du geste qui lutte contre ce qui l’entoure. Les personnages se trouvent ainsi propulsés dans une quête, dans une fuite en avant, libératrice et nerveuse à la fois, où fiction et réalité se côtoient dangereusement.