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DECORNIQUET Cécile

Séries : « Ingénue » et « Lady » / Parcours

Cécile Decorniquet
Interview par Marc Villard

Les petites filles que vous photographiez sont déjà des femmes.
Pourquoi ?

Toutes petites elles ont déjà cette féminité sans en avoir totalement conscience comme l’on garde une grande part d’enfance durant, je pense, toute notre vie d’adulte.

Cette féminité s’exprime, par exemple, par le déguisement. Une petite fille va se mettre du rouge à lèvres, essayer les chaussures de sa mère. Ce n’est qu’un jeu mais à mon sens c’est un exercice très sérieux pour elles, une sorte de moment solennel où elle joue à voir ce qu’elle sera plus tard dans le miroir.

Elles sont graves ou tristes ?

Elles sont graves, absentes, elles s’échappent et perdent conscience de leur image.

Vos images d’enfants évoquent une certaine nostalgie. On pense d’emblée au Noir et Blanc. Vous avez choisi la couleur. Pourquoi ?

La couleur parce que je ne peux penser qu’en couleur. C’est un point primordial dans l’esthétique de mes images. Autant que leur sujet, cela fait partie de ma sensibilité.

Quand au côté nostalgique de mes photographies, je retiendrais comme influence les images du XIX ème siècle tels les daguerréotypes par exemple ou les photographies de Jan Saudek. Un photographe qui colorisait directement à la main sur ses tirages, de préférence aux images “noir et blanc“ qui sont bien trop proches, à mon goût, de la réalité dont je tente de m’échapper.
Il y a malgré tout des photographies “noir et blanc“ comme celles de Lewis Caroll qui me touchent beaucoup.

J’y retrouve quelque chose qui s’approche de ma démarche, notamment concernant mes images de fillettes. Le fait, aussi, d’échapper à la réalité en s’inventant des mondes empreints de curiosité, de poésie et de fantastique.

Vos petites filles sont déjà des femmes absentes et vos mannequins adultes sont des faire-valoir des tissus, étoffes, bijoux. L’être humain ne vous intéresse pas ?

Il y a deux aspects dans ma façon de photographier. Effectivement, je ne photographie pas les personnes en tant que telles, je ne tente pas de faire ressortir leur personnalité . Cela ne m’intéresse pas. Donc, en un sens, on peut dire que les gens ne m’intéressent pas.

En revanche, je recherche quelque chose chez eux qu’ils ont tous ou plutôt qu’elles ont toutes, femmes ou fillettes. C’est ce lâché prise, la perte de contact avec l’extérieur, et donc avec moi qui m’intéresse. Je ne le mets pas en scène de la même manière, il est vrai, pour les femmes et les fillettes.

Pour les femmes cela passe par les étoffes, les dentelles, cette ambiance sourde et colorée qui nous amène à perdre conscience de tout ce qui nous entoure et des réalités.

Pour les petites filles, cela me semble plus évident. Elles ont cette naïveté, cette non- conscience de leur image extérieure dûe à leur jeune âge qui se traduit beaucoup plus naturellement. C’est pour cela que mes photographies d’enfants sont beaucoup plus simples et moins chargées.

Mais, femmes ou fillettes, ma démarche est la même au fond, même si cela ne suscite pas le même sentiment chez les gens.

DECORNIQUET Cécile

- Site : www.cecileetlaurent.com