Fetart

« Photo d’Hotel, photo d’Auteur » Oct.07

2007

- Franck Beloncle a été élu "coup de coeur des Hotels Paris Rive Gauche" par l’ensemble des membres du personnel pour sa photo et son texte intitulés "Le Panthéon". Il a gagné un jeroboam de champagne offert par Nicolas Feuillatte.

- Frédéric Delangle est le lauréat 2007 du Premier Prix Photographique "Photo d’Hotel, Photo d’Auteur" pour sa photo et son texte intitulés "La Photo Unique". Il a reçu un prix d’une valeur de 3000 €.

"Comme on fait son lit, on aime"

Rien, ou si peu, dans cette image : la chambre est le cadre de la photographie, le lit est son seul sujet. Nulle trace de clients, d’un homme, d’une femme, ou encore d’un couple de passage, avec leurs effets jetés ici ou là. Aucune de ces marques d’une fiction toute prête qui n’aurait d’ailleurs pu éviter les risques (ici déjoués a minima, en appauvrissant l’image) d’un exercice de style auquel l’auteur aurait trop évidemment souscrit. Non, juste ces draps que l’on peut, d’un regard pressé, croire simplement défaits. Photographiée comme vide ou disponible, la chambre nous invite dans son petit territoire bien réel, nous l’offre comme il est. Nous n’y sommes pas en intrus. Pas de quoi cependant, au premier coup d’œil, nous sauver de la platitude d’un décor rudimentaire dont la neutralité rendra pourtant service. Deux lampes, deux tables de chevet, viennent, dans l’ordre de l’utile, compléter les motifs, façon « Retour d’Egypte », d’une tapisserie tue l’amour. Toujours rien de ce côté-là, ni pour nous éviter la petite gangrène contagieuse de l’anonymat, ni pour compléter la mise en scène de nos rêves. Victime collatérale, l’imagination se traîne à terre, défaite par KO. Mais, c’est tant mieux.
Un seul bonheur : le lit ! Il est bien le seul espace véritable : nulle part ailleurs nous ne trouvons à regarder. Quoi ? Ce que nous pressentons de corps que nous ne voyons pas. Surprise : ces draps ne cessent sous nos yeux de perdre de leur matière, pour atteindre la présence (plus floue mais plus forte, en même temps que légère), de l’écume ou du nuage. Ils glissent et s’agitent en vaporeuses volutes jusqu’à la transparence d’une robe de gaze. Ils sont le blanc comme couleur. Ils sont vivants, ces draps qui ont la fluidité des voiles que l’on défait. Ils sont un souffle. Ce que l’image nous donne dans sa fragile ouverture, c’est ce souffle délicat (invisible ?) qu’elle a su retenir pour en être la fille.

Pascal Philippe, membre du jury